Scoop : te connos Dekooninck ?

Publié le par Francis Delabre

Emotions en série la semaine dernière. Alors que chez un libraire j’étais en dédicaces, comme cela se dit volontiers je préfère signature, allez savoir pourquoi un journaliste est arrivé pour me torturer. Toujours les mêmes questions, les mêmes photos, les mêmes sourires entendus lorsque l’on aborde le répertoire des Capenoules en-dessous de la ceinture. Hors l’ennui qui commençait à me gagner, je commençais à me douter que le zigoto avait une idée derrière la tête. Il lui a fallu pas loin d’une demi-heure pour me demander finalement une dédicace sur le livre qu’il avait reçu gracieusement de l’éditeur pour la promotion. Je lui ai demandé s’il l’avait aimé. Il m’a dit non, j’ai pas lu, j’ai pas l’temps d’lire, mais si vous voulez bien commettre une dédicace dessus à mon nom, ça s'rait sympa. Pour avoir la paix, j’ai fait. Quand je lui ai rendu son trophée, j’ai pointé mes yeux dans les siens, et j’ai compris que ce n’était pas fini. Un quart d’heure plus tard de banalités exaspérantes, j’avais raison. Voulait avoir le numéro de téléphone de Yolande Moreau pour faire un scoop. Là j’ai coupé court. Je sentais une vieille colère qui me remontait de loin. J’ai dit non. Ça l’a un peu vexé. J’ai dit donne-moi plutôt l’tien coco, je vais faire passer à la Dame. Elle verra ce qu’elle peut faire.

C’est vrai qu’il faisait son métier, mais bon, moi aussi j’étais en train de faire le mien, et ce type commençait à me gonfler sérieusement. C’est à ce moment qu’une toute jeune fille est apparue devant la table nappée de rouge. La table. C’est vrai que ç’aurait pu être le Petit Chaperon, mais la suite allait me dire qu’il ne s’agissait ni de sa grand-mère, ni de galette, mais de son grand-père qui n’en avait pas.

            Vous avez écrit un livre sur les Capenoules ?

            Oui, j’ai dit avec un grand sourire à cet ange providentiel qui me libérait enfin du plumitif.

            Vous les avez connus ?

C’était la sempiternelle question qu’on me posait depuis 3 semaines, radios, journaux, télés. Mais là, cette jeune fille, comment dire ? c’était comme un verre d’eau fraîche dans le désert. J’ai commencé à lui raconter mon aventure, tournant délibérément le dos à l’emmerdeur.

            Vous savez, que l’ange m’a dit lorsque j’ai eu fini, je suis la petite-fille d’André Dekooninck.

            Le Capenoule ?

            Ben oui…

            Ça alors !… vous savez… mon livre commence avec lui, avec l’histoire de Dekooninck…

            Je vais l’appeler, il va être content de savoir qu’il y a un livre sur leur histoire…

            L’appeler ?…

Un long frisson dans le dos et j’ai repensé que ce Capenoule-là n’était pas sur ma liste. Celle que l’on m’avait donnée avant que j’entreprenne d’aller à leur rencontre, avant d’écrire mon roman. Bien entendu, vu l’âge de ses compères, j’avais cru que ce Dekooninck était mort…

La jeune fille n’a pas réussi à avoir son grand-père. Je lui ai demandé la permission de le rappeler à mon tour plus tard. Elle m’a dit bien sûr, vous allez lui faire vachement plaisir. Elle m’a donné son numéro. En le notant dans mon carnet, j’ai soudain senti une présence au-dessus de mon épaule. Devinez… c’était le scribouillard qui était en train de composer le numéro sur son portable. Un vol aggravé, un viol. Là j’ai vu rouge. Avant qu’il ne puisse en finir, j’ai refermé d’un coup sec mon carnet et lui ai fait remarquer que là, il dépassait les bornes. Que c’était des façons de faire que je n’appréciais pas. Que s’il voulait appeler cet homme, il fallait qu’il demande l’autorisation à sa petite-fille.

A nouveau je lui ai tourné le dos. C'était vital, j'étais en train de faire mon métier, et il n'était pas question de lui retourner la table sur la tronche. J’ai fait une belle dédicace au Petit Chaperon. Et le journaleux en a profité pour faire une photo. Il avait son scoop. J'ai laissé tombé les histoires de droits à l'image. 


Sinon, samedi dernier à l’Enfarcé, une table ronde exceptionnelle. Si vous n’êtes pas venu, vous n’avez plus qu’à pleurer.

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Rappelez-vous, elle était menée par Hugues Baudoin.

Bon, d’accord, Michel Quint n’est pas venu. On a attendu un quart d’heure vingt minutes, et comme le public, nombreux, commençait à s’impatienter, j’ai payé eune goutte eud’jus à tertoutes et tertous. C’est alors que Jean-François Picotin a fait son entrée. Je lui ai demandé s’il voulait bien remplacer le Michel Quint. Il a dit pas de problème. Ainsi j’ai lancé l’histoire, j’ai présenté tout ce joli monde :IMGP1302
Michel Quinquin, écrivain sur un burèle (à droite, Hugues Baudoin)
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Christian Habart, directeur de la communication, universitaire et alpiniste (Caps Gris-Nez et Blanc-Nez)
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Laurent Petit, psychanalyste urbain et rédacteur en chef de la revue « Il est déjà trop tard »
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et Dimitri Vazemsky, écriveur en lettres géantes sur plaines, rivages et montagnes.


C’est le genre de rencontre dont vous ne sortez pas indemne. Vous sortez de là un peu moins con, un peu plus riche. Et en plus, vous avez bien rigolé. Comme disait ma grand-mère au sortir de la guerre : une bonne rigolade, ça vaut un bon biftèke.

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La conclusion fut : faites des farces, faites des canulars, et apprenez à vos enfants à en faire, c’est une des seules armes acceptable pour répondre à la bêtise ambiante.


Gérard Buisine et Didier Demarcq (qui seront de la prochaine table ronde et du concert Nord-Sud de ce samedi) ont alors fait leur entrée à l’Enfarcé. Une petite surprise. Guitare et accordéon, chansons des Capenoules et textes de Bernard Dimey.
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La bière a coulé à flot. Quand je vous disais que vous aviez loupé un bon moment. 
(Toutes les photos sont de Claude Harchin) 

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